Précisemment elle ne sait quoi faire, et abstraitement non plus d'ailleurs. Sa vie commence à ressembler au désastre de Tchernobyl ; s'il n'y avait que sa vie, ça irait. Elle regarde rouler ses larmes dans le miroir et elle pense à tous les autres qui n'ont pas sa chance, et elle culpabilise et elle pleure de plus belle.
* [La vie n'est pas un long fleuve tranquille maman] *
"Aujourd'hui, par la fenêtre, pendant le cours de Philosophie, j'ai observé les gros nuages gris, les joues gonfflées d'orgueil et de mépris, prêtes à se relâcher pour nous cracher des Vérités qu'on aurait du mal à croire. [...] Jupiter fait rugir sa voix, et l'eau commence à fouetter la vitre. Je suis les gouttes avec mon doigt jusqu'à ce qu'elles aient disparu en bas du carreau [...]"
Ce matin au réveil, il y avait son double riant avec les cheveux rouges flamboyants, et elle s'est dit : "Pourquoi pas?". La mer fouettait la digue, et des millions de fleurs se noyaient dans l'eau, hissant desespéremment la tête à la surface, ivres de sel et d'amour. Elle a récupéré les deux roses, le champignon et l'iris qu'elle a pu sauver des eaux, et puis elle a constaté que tout le monde s'en allait, mais que sa mère avait éparpillé tous ses vêtements aux quatre vents. Elle s'est dit que c'était un drôle de rêve, et que ça faisait longtemps qu'elle n'avait plus rêvé.
Sale temps pour les rêveurs. Sale temps pour les optimistes. Hasta luego.